Le suicide de l’espèce
Comment les activités humaines produisent de plus en plus de maladies (Jean-David Zeitoun, Éditions Denoël, 2023)
Quand l’école participe, malgré elle, au “suicide de l’espèce”
Dans son ouvrage Le suicide de l’espèce : comment les activités humaines produisent de plus en plus de maladies (Jean-David Zeitoun, Éditions Denoël, 2023), l’épidémiologiste pose un constat dérangeant : nous savons exactement ce qui nuit à notre santé — et pourtant, nous continuons à l’encourager collectivement.
Il décrit une société où la connaissance n’entraîne plus l’action, où la lucidité scientifique se heurte à l’inertie politique et économique.
Et il suffit d’observer ce qui se passe dans certaines écoles pour comprendre à quel point son analyse est juste.
La récréation, une zone où l’on oublie la science
La mission de l’école est de transmettre, d’éduquer, de protéger.
Pourtant, à la récréation, on vend encore aux élèves des produits ultra-transformés dont la toxicité métabolique, cognitive et comportementale est solidement démontrée depuis des années.
Le paradoxe est vertigineux :
le matin, on enseigne aux élèves les bases d’une alimentation saine ;
à la pause suivante, on leur vend l’exact contraire.
Cette incohérence n’est pas anecdotique : elle construit les futurs comportements alimentaires et normalise une consommation qui, scientifiquement, augmente les risques de maladies chroniques, de troubles attentionnels, d’obésité et d’inflammation systémique.
Ce que dit la science… et que l’école semble oublier
Les études sont nombreuses et concordantes. Les aliments ultra-transformés :
perturbent le microbiote,
favorisent une inflammation chronique de bas grade,
dérèglent la régulation du glucose,
altèrent les capacités de concentration,
modifient durablement les préférences alimentaires,
augmentent le risque de surpoids dès l’enfance.
Les additifs, colorants, édulcorants ou exhausteurs fréquemment présents dans ces produits ont, eux aussi, des effets documentés.
Rien de tout cela n’est contesté dans la littérature scientifique contemporaine.
Alors pourquoi ces produits continuent-ils d’être vendus dans nos écoles ?
Parce que personne ne décide d’arrêter. Et c’est cela, le problème.
Nous ne sommes pas face à un manque d’information :
nous sommes face à un défaut de décision politique.
Les communes, les associations scolaires, les directions d’établissement disposent du pouvoir de réguler l’offre alimentaire.
Elles pourraient fixer, dès demain, une règle simple :
👉 Aucun produit ultra-transformé ne devrait être vendu en milieu scolaire.
Ce n’est ni coûteux, ni compliqué.
C’est une question de cohérence et de responsabilité.
En laissant faire, les autorités valident implicitement la vente quotidienne de produits nuisibles à la santé des enfants.
Il devient difficile de considérer cela comme une simple négligence.
C’est une malveillance institutionnelle :
lorsque l’on sait — et que l’on continue — la responsabilité devient collective.
Parents et enseignants : nous alertons, mais nous ne décidons pas
En tant qu’enseignants et parents, nous n’avons pas la main sur les concessions alimentaires, les contrats, ni les décisions structurelles.
Nous pouvons signaler, dénoncer, sensibiliser.
Mais nous ne pouvons pas changer les règles.
Notre rôle n’est pas de mener une lutte politique, mais de rappeler une évidence simple :
Proposer, dans un établissement scolaire, des produits dont la nocivité est scientifiquement prouvée est un acte de malveillance envers les jeunes.
Pas par intention, mais par inertie.
Et cette inertie est du ressort des politiques de proximité :
communes, directions, associations des cycles d’orientation, conseils scolaires.
Si nous voulons protéger nos jeunes, c’est à nos élus d’agir
Nous savons.
Les autorités savent.
L’industrie sait.
Et les conséquences sont connues depuis longtemps.
Enseignants et parents continueront de dénoncer et d’éduquer.
Mais cela ne remplacera jamais un cadre politique clair, protecteur et cohérent avec la science.
Il est temps que nos élus locaux prennent leurs responsabilités :
Interdire la vente d’ultra-transformés dans les écoles.
Assurer une offre alimentaire alignée avec les connaissances scientifiques actuelles.
Protéger véritablement les enfants plutôt que de fermer les yeux.
Parce que laisser faire, aujourd’hui, c’est contribuer exactement à ce que décrit Jean-David Zeitoun :
une société qui connaît les dangers… et qui choisit de ne pas agir.
Nos jeunes méritent infiniment mieux.
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